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La Gare de Limoges
Publiée le 05/06/2015

La Gare de Limoges

L’introuvable témoignage filmé de la construction
de la monumentale gare de Limoges

C’est entre 1924 et 1929 que fut érigée la gare des Bénédictins, véritable symbole de la ville. Cet « ovni architectural », comme l’ont qualifiée de nombreux architectes et historiens, est visible à plusieurs centaines de mètres, telle une bienveillante figure de proue veillant sur Limoges. De très nombreuses choses ont déjà été dites à son sujet, et de multiples recherches effectuées. Mais comment se fait-il qu’aucun film de sa construction ne semble exister ?

La première gare des Bénédictins est achevée en 1858, deux ans après l’arrivée du chemin de fer à Limoges, afin de remplacer le bâtiment provisoire en bois qui tenait lieu de gare. Mais dès le début du XXème siècle, la capitale limousine ne se satisfait plus de sa gare, jugée indigne de l’essor économique de la ville, essor facilité notamment par l’industrie porcelainière. Il est donc décidé d’offrir à Limoges une gare monumentale, et c’est le projet de l’architecte Roger Gonthier qui est choisi. Ce projet d’une gare en surélévation au dessus des voies, comportant un campanile de plus de 50 mètres de haut nécessite une réorganisation de tout le quartier du Champ de Juillet et représente un chantier colossal pour l’époque. C’est un des premiers bâtiments de cette taille entièrement construit grâce à la technique récente du béton armé. Il est très étonnant de constater qu’un chantier de cette ampleur, sur lequel ont travaillé plus de 200 ouvriers pendant 5 ans, en plein cœur de la ville, à la vue des nombreux curieux, soit totalement absent des archives filmées. Certes, de nombreuses photographies existent et rendent compte de l’avancement de la construction. Mais c’est seulement au début des années 1930 que la gare est filmée pour la première fois.

Les images plus récentes de l’édifice montrent bien l’importance qu’il revêt tant au niveau politique que social. C’est sur l’esplanade de la gare que Pétain prononça un discours en 1941, c’est également sur cette esplanade qu’eut lieu la célébration de la Libération. Et c’est sur le campanile que fut hissé en mai 1968 le drapeau rouge, lors des luttes étudiantes et ouvrières. Ces images constituent un témoignage très précieux de l’histoire de la gare, intimement liée à celle de la ville. Voilà pourquoi la valeur d’hypothétiques archives filmées de sa construction est inestimable.

Il est malheureusement très peu probable que de tels documents existent. Car s’il est en effet étonnant que le chantier n’ait jamais été filmé, cela n’a rien d’incroyable. Il se pose tout d’abord un problème technique : dans les années 1920, extrêmement peu de particuliers possèdent le matériel adéquat, et encore moins en province. La vidéo est réservée au monde professionnel. Ces professionnels sont-ils venus filmer la construction de la gare afin de la faire figurer, par exemple, dans les bulletins d’information qui précédaient à cette époque la projection des films ? Ils ont eu 5 ans pour cela, et nous serions donc en droit de l’espérer. Or, de tels documents ont été cherchés dans les fonds d’archives de France et même du monde entier mais il semblerait que le sujet ait peu retenu l’attention des journalistes de l’époque. On peut se demander si l’inauguration du bâtiment n’aurait quand même pas pu intéresser des journalistes venus, sait-on jamais, de la capitale et armés de caméras ? Hélas même la presse régionale n’accorde que quelques lignes à cette inauguration, qui, semble-t-il, s’est déroulée dans un relatif secret, sans panache et avec très peu d’invités. Pourquoi le baptême d’une telle perle architecturale, fierté des habitants de la ville, après cinq longues années de travaux, est-il relégué au second plan ? Une fois encore, le contexte est cruellement défavorable : la population et la presse sont occupées à se repaître des rebondissements de l’affaire Barataud, qui a éclipsé dans la presse tout autre sujet durant les derniers mois de la construction.

Il semble donc, en partie à cause d’aléas historiques, que l’hypothèse d’un film professionnel de la construction de la gare soit à exclure. Certes, celle de l’existence d’un film amateur est très peu probable mais reste le dernier espoir qui subsiste de voir un jour des images de la construction de la plus belle gare du monde.

Antoine Didelet

© Photo Archives Municipales de Limoges

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